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HOMMAGE POSTHUME: Dr Louise Carignan (1951–2013)

Ceci est un extrait d'un article publié dans la Revue canadienne de psychanalyse, Vol 21, No 2, pp 381-385 (2013), et republié ici avec autorisation.

Louise approuverait qu’on lui porte de l’admiration. Elle était consciente d’être un esprit hors du commun et fière d’être médecin et psychiatre. C’est la psychanalyse, pourtant, qui lui a permis de s’épanouir, en tant que clinicienne puis enseignante et chercheure. La psychanalyse a transformé Louise et cela m’est apparu clairement quand nous avons tous deux entrepris notre formation psychanalytique en 1985. La formation était superbe et Louise s’épanouissait. Elle a adhéré à la SCP en 1989. D’un pas accordé et forts de notre soutien mutuel, nous sommes tous deux devenus didacticiels en 1996.

 

La psychanalyse a permis à Louise d’élargir sa perspective. C’était une analyste intuitive et perspicace, animée d’une connaissance lumineuse du processus analytique. Elle savait appliquer cette connaissance au-delà du divan, et la transposer à l’art, au cinéma et à la culture. Nous avons partagé de merveilleux moments lors de congrès dans des villes étrangères, à explorer des galeries d’art. J’étais l’élève et elle, le maître. Elle était très initiée et avait été dans son jeune âge une artiste peintre de talent.

 

Louise excellait en tant que didacticienne et superviseure. Elle avait surtout une profonde compréhension du concept psychanalytique du narcissisme, qu’elle savait transmettre de manière magistrale aux candidats. Elle a également relevé des défis scientifiques, comme la supervision du prix Douglas Levin et la codirection de la Revue canadienne de psychanalyse, aux côtés du Dr Brian Robertson.

 

La curiosité intellectuelle de Louise amplifiait sa capacité d’empathie. Elle savait saisir les nuances de phénomènes complexes, tels que le transfert pervers. Son article sur ce sujet, publié dans la revue IJP en 1999, représente à mes yeux la contribution la plus complète de la littérature actuelle sur le phénomène1. À la lumière de ses cas, elle était capable de démontrer de manière convaincante comment les dynamiques subversives et destructrices pouvaient s’immiscer dans la rencontre analytique, et transformer l’analyste en voyeur involontaire d’une mise en scène perverse.

 

Brillante et aérienne, douée d’un rire inimitable et contagieux, Louise était aussi une psychanalyste extrêmement efficace. Dans sa pratique, elle accordait la priorité aux besoins de ses patients, et travaillait avec rigueur et assiduité. C’était un plaisir de recommander des patients à Louise parce qu’on avait pleinement confiance qu’elle saurait répondre à leurs besoins. Sa compétence était incontestable et constante.

 

Notre amitié était entremêlée de psychanalyse et de vie familiale. Lorsque nous étions candidats, nous avons étudié, rédigé nos travaux et tissé des liens ensemble, et avons fréquenté nos familles respectives. Nous nous sommes rencontrés lors de congrès et avons collaboré au sein de l’OPS et de l’Institut. Sa direction de l’Institut et son engagement constant à son service ont été essentiels à son succès. Autrement dit, sans Louise, il n’y aurait pas eu d’institut à Ottawa.

 

La dernière décennie de la vie de Louise a été semée de défis. Pourtant, elle avait commencé dans la joie lorsque, après avoir divorcé de son premier mari, Louise avait rencontré et épousé le Dr David Iseman, un analyste renommé de Toronto et un collègue qui m’a succédé à la présidence de la SCP et a plus tard présidé le comité des International New Groups au sein de l’API. David était une personne exceptionnelle et avec Louise, ils formaient un couple remarquable par l’union, la dévotion et la joyeuse exubérance qu’il dégageait. Qu’ils soient sur un bateau à voile, une passion qu’ils partageaient, ou temporairement réunis alors qu’ils habitaient dans deux villes différentes, la synchronie et l’harmonie entre eux étaient palpables.

 

Malheureusement, David est mort précisément au même âge que Louise, à 62 ans, après dix mois de mariage. Il est mort subitement, sans aucun signal d’alerte ni aucune maladie apparente, d’un infarctus du myocarde, au gymnase. Bien que ce ne soit pas vérifiable, je ne peux écarter la signification ou l’incidence potentielle du choc toxique qui a secoué Louise. Ce décès a provoqué une onde de choc dévastatrice pour son esprit et son corps. Il est étonnant de constater comment une perte peut rapidement se transformer en tragédie, comme si une force entropique ne voulait pas relâcher son emprise.

 

Quoi qu’il en soit, Louise a eu l’immense chance de rencontrer Ron Crooks et de trouver auprès de lui amitié et affection. Elle me parlait du côté original, spirituel et tendre de Ron. Elle a été très heureuse avec Ron. Pascale Spees, sa fille merveilleuse et dévouée, et Ron ont prodigué à Louise un flot constant de réconfort familial tout au long de son combat contre le cancer des ovaires.

 

L’OPS a dû s’adapter à la vie sans l’imposante contribution de Louise. Certains ne mesureront pas la perte de celle qu’ils n’ont pas eu la chance de connaître. Ceux qui, comme nous, ont connu Louise pendant toutes ces fructueuses années, comprennent trop bien ce que signifie cette perte. Dans la petite enclave psychanalytique d’Ottawa, la béance semble irréparable. Après la douleur, la perte prend aujourd’hui un nouveau sens. Louise est vraiment partie et à jamais perdue pour nous.

 

Comme nombre d’entre nous qui partageons ce deuil, que ne donnerai je pas aujourd’hui pour entendre retentir son rire!

 

 

Arthur Leonoff

 

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1. Louise Carignan fut rédactrice en chef de cette revue. Elle fut aussi une clinicienne douée. Le numéro du printemps 2014 comprendra un cahier spécial à sa mémoire, dont des commentaires sur son article intitulé The Secret: Study of a Perverse Transference. International Journal of Psychoanalysis (1999).

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